Les défis du textile aujourd’hui

Pourquoi avons nous choisi de vous parler d’abord des vêtements ? Cette industrie aux produits séduisants cache des dessous moins glamours : elle est l’une des plus polluantes de la planète et est par ailleurs bien souvent le théâtre de conditions de travail indignes.

Nous vous proposons ici de mieux comprendre les enjeux du textile pour mieux choisir vos vêtements au quotidien et laisser une belle empreinte sur la terre et les emplois ! Rassurez-vous de belles solutions existent : voir nos pages acheter neuf et acheter d’occasion.

D’immenses défis écologiques

En bref, la production des fibres, leur traitement et la réalisation des tissus font intervenir potentiellement des produits dangereux rejetés dans l’eau, requiert de l’eau et génère du CO2.

Des vêtements assoiffés

C’est certainement notre ressource la plus précieuse qui souffre le plus de la démesure de l’industrie du textile: l’eau est consommée et polluée à cause de la mauvaise gestion des produits employés pour fabriquer des vêtements.

On estime à 20% la part du textile dans la pollution des eaux mondiales. On compte dans ce chiffre effarant les pesticides et engrais des cultures, ainsi que les teintures et autres produits chimiques nécessaires pour conférer aux fibres et au tissu toutes les propriétés souhaitées.

Pour fabriquer un T-shirt, ce sont 2500 l d’eau qui sont consommés, principalement lors de l’irrigation des champs de coton. Cette consommation peut avoir des conséquences dramatiques sur la biodiversité et la santé des locaux dans des pays à fort stress hydrique.

Les impacts sur la biodiversité ne s’arrêtent pas là: une immense quantité de microfibres plastiques sont relarguées dans l’eau à chaque lavage d’un vêtement en synthétique. Chaque année, c’est l’équivalent de 50 millions de bouteilles en plastiques qui sont relâchées dans les océans !

La mode, deuxième industrie la plus polluante

Mais les impacts sur la santé et l’environnement de nos vêtements ne s’arrêtent pas là ! Les teintures et traitements nécessaires pour faire de beaux habits nécessitent parfois des substances très nocives. Parmi les produits à éviter de toute urgence, on trouve par exemple:

  • Les colorants azoïques utilisés pour les fibres cellulosiques (coton, viscose…) sont les colorants les plus utilisés au monde. Ils sont pourtant très cancérogènes, créent des problèmes respiratoires et affectent la biodiversité aquatique.
  • Les métaux lourds, présents dans certains colorants ou adjuvants de teinture, peuvent s’accumuler dans la chaîne alimentaire et être transmis à l’homme jusqu’à affecter le système nerveux ou les reins. Le chrome, utilisé notamment lors du tannage du cuir, est particulièrement nocif.
  • Le blanchiment au chlore, puissant corrosif pouvant provoquer de graves troubles respiratoires, est très dangereux pour les travailleurs.
  • Les détergents pour les lavages contenant des NPE (Nonylphénol éthoxyloates), des molécules persistantes et bioaccumulables affectent fortement la biodiversité et l’homme en agissant comme des perturbateurs endocriniens.
  • Les phtalates utilisés dans les plastiques imprimés sur les vêtements, sont bien connus pour leurs effets sur la reproduction humaine, sur le foie et les reins.
  • Les apprêts pour rendre les tissus infroissables contiennent du formaldéhyde, un irritant, allergène et cancérogène certain.

Des habits pour le réchauffement

On estime que le secteur du textile contribue actuellement à 3% des émissions mondiales de CO2 : ce chiffre pourrait augmenter drastiquement si le modèle de fast fashion continue à prendre de l’ampleur. On estime à 1,2 milliards de tonnes de gaz à effet de serre par an les émissions du secteur de la mode, soit plus que les vols internationaux et le trafic maritime réunis !

Ces émissions sont principalement dues aux étapes de production de la matière première (en particulier l’élevage pour la production de laine ou les processus de fabrication des fibres synthétiques à partir du pétrole), et de mise en forme des vêtements qui demandent beaucoup d’énergie, souvent dans des pays où le mix énergétique est très carboné.

L’entretien des vêtements, en particulier le repassage, consomme une part importante de l’énergie nécessaire sur tout le cycle de vie du vêtement.

Contrairement aux attentes, les étapes de transport ne sont pas les plus contributrices aux émissions de CO2, bien qu’elles ne doivent pas être négligées pour autant.

Des enjeux sociaux urgents

Les employés de l’industrie du textile qui fabriquent nos vêtements à l’autre bout de la planète souffrent de conditions de travail difficiles, jusqu’au non-respect des droits de l’homme.

Beaucoup d’enjeux sociaux se situent à la première étape, la production des matières premières réalisées dans des pays lointains où les normes sociales sont différentes. Prenons deux exemples liés à la culture du coton, production d’ampleur considérable:

  • Pour se débarrasser des insectes nuisibles et des mauvaises herbes, certains champs sont arrosés de grandes quantités de pesticides toxiques et parfois mortels pour les cultivateurs
  • Au moment de la récolte, pour que la main d’œuvre soit suffisante, il n’est pas rare que des enfants soient exploités, et dans certains cas, comme en Ouzbékistan, c’est même toute une partie de la population qui est forcée d’aller travailler dans les champs.

Les conditions de travail déplorables dans les usines de confection des vêtements ont été mises sous le feu des projecteurs au moment de l’incident du Rana Plaza au Bangladesh en 2013. Certains bâtiments sont dans des états dramatiques, mal ventilés alors qu’un grand nombre de substances toxiques sont utilisées (pour la teinture et autres traitements des textiles).

Les travailleurs de grandes usines mangent et dorment sur place pour assurer un volume horaire suffisant, alors que le salaire est, lui, bien souvent insuffisant. La surveillance est constante, et les sanctions sont sévères.

Un autre exemple frappant est celui de la black season. Pour que les collections d’été soient livrées à temps, les employés doivent accélérer la cadence jusqu’à 93 heures hebdomadaires, de nuit également si nécessaire.

La folie de la fast fashion

Si ces problématiques environnementales et sociales prennent une telle ampleur, c’est avant tout à cause du fonctionnement actuel de l’industrie de la mode. D’une part, la proportion du budget des ménages alloué à se vêtir a diminué. Pour pouvoir acheter moins cher, les vêtements seront nécessairement de moins bonne qualité, bien souvent fabriqués dans des usines délocalisées dans des pays où la main d’œuvre est à bas prix.

La baisse de la qualité des articles implique nécessairement une moins grande durabilité dans le temps. Les habits se trouent, se déchirent ou se décousent en un rien de temps et doivent être remplacés.

Pour anticiper une demande croissante, les marques produisent des quantités astronomiques de vêtements, dont une grande partie finira à la poubelle faut d’avoir été achetée. Le modèle du « sur demande » a totalement disparu avec la fast fashion.

Ce sont à la fois les comportements des marques et des consommateurs qui peuvent changer pour inverser la tendance actuelle. On compte sur vous !

Choisir de prendre soin de ses vêtements, de les réparer, de les recycler et d’acheter de façon responsable sont des gestes simples aux répercussions positives importantes !

Sources :

L’étude de la Fondation Ellen Mac Arthur sur l’industrie du textile.

Le rapport de Greenpeace sur les dessous toxiques de la mode.

Une comparaison d’analyses de cycle de vie d’une chemise en lin et d’une chemise en coton par Bio Intelligence Services.

Le résumé des impacts de la mode de l’ADEME.

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